Reponse Absol


Réponse à la vidéo d'Absol sur l'effondrement de la civilisation industrielle



Après avoir produit la veille une critique sur une vidéo illustrant les principaux arguments collapsologues, il me semblait plus qu'intéressant de répondre à la nouvelle vidéo du YouTubeur AbsolVidéos traitant en profondeur de ce sujet que voici :

En effet, Absol nous livre ici une vidéo réalisée avec brio qui traite merveilleusement bien le sujet qui nous intéresse. Je vous invite à aller la voir (ne soyez pas rebutés par la durée, elle passe vite).
En tant que partisan de la thèse adverse à celle développée par Absol, celle de l'effondrement, je répondrai donc au fur et à mesure du développement de la vidéo à certains arguments, pour émettre une vision différente de celle que nous offre l'auteur et montrer certaines failles ou limites du raisonnement effondriste à travers les arguments qu'évoquent Absol.

En outre, Absol publiera prochainement une deuxième partie de sa série sur l'effondrement puis une dernière partie par la suite que nous ne manquerons pas de décrypter attentivement. Aujourd'hui nous nous concentrons seulement sur la première vidéo qui, comme il le rappelle lui-même, n'est qu'une introduction au sujet.

Crise financière

Après avoir évoqué ce qu'était un effondrement et expliqué l'origine de la pensée collapsologue, le premier argument qu'exploite Absol est l'argument économique. Il commence à parler des dettes.

Selon Absol, la dette mondiale pourrait représenter une menace. En revanche ce point de vue n'est pas partagé par de nombreux économistes. Selon le prix Nobel d'économie Paul Krugman (au demeurant partisan de la cyclicité de l'économie) en 2015, "la dette c'est bien". Il explique notamment que "le gouvernement britannique est endetté depuis au moins trois siècles, une ère qui englobe la révolution industrielle, la victoire contre Napoléon et plus encore ». Pourquoi ? Notamment parce qu’« être endetté, c’est une façon de payer pour des choses utiles". Ce point de vue peut cependant être nuancé.

Selon Bruno Colmant, économiste belge, une nouvelle crise financière est assez peu probable. En effet selon lui nous sommes aujourd'hui dans une économie administrée par les banques centrales. Au cours des dernières années, celles-ci sont en effet intervenues dans l'économie à un niveau encore impensable il y a seulement 10 ans. Toujours selon ses dires, du fait de cet interventionnisme les banques centrales ont désormais une influence considérable sur l'ensemble de la courbe des taux d'emprunt d'Etat, tandis qu'il y a encore quelques années cette influence était limitée aux taux courts. Le marché obligataire est donc devenu largement administré et les risques de remontée des taux semblent clairement limités dans ce contexte.

Il affirme en outre que le retour en territoire positif du taux de dépôt pourrait donc attendre 2020, voire 2021 ceci car l'inflation européenne étant modérée, la banque centrale n'aurait aucune raison de remonter ses taux.
Il affirme également que le vieillissement de la population (qui ont une proportion à consommer plus faible) explique que les pressions inflationnistes sont limitées.

Enfin, sur le sujet de la dette, il explique que l'endettement mondial n'est pas en soi un grand danger. Selon lui le bilan des banques est considérablement plus solide qu'il ne l'était avant la crise de 2008 et leurs ratios de fonds propres nettement plus élevés qu'à cette époque.

Cependant, il ne convient pas de nier les problèmes financiers actuels. De nombreux risques pèsent sur l'économie : trading à haute fréquence, dettes, bulles (Absol cite les crédits étudiants), etc.

Absol cite beaucoup le FMI, précédemment dirigé par Christine Lagarde. Nous pourrions la citer, afin de nuancer ses propos :

"Le système bancaire et financier a été «réparé» depuis 2008. Les réglementations sont plus strictes en matière de liquidités, de ratios de capitaux, d’effets de levier. La capacité d’absorption des chocs a donc augmenté. Les autorités de supervision sont également plus solides, mieux équipées. Les «stress tests», conçus pour tester la solidité des banques, se sont multipliés. Les créances douteuses sont moins nombreuses."

Dans cette interview elle ne dit cependant pas qu'une crise n'arrivera pas. Elle indique que les risques aujourd'hui se situent majoritairement non pas au centre du système mais en périphérie ("shadow banking", crypto-monnaies, fintech, prêts communautaires…).

Cependant, une crise économique n'est pas forcément vecteur d'effondrement, parfois elle a même des effets salutaires. La création d'entreprises est facilitée (Apple et Microsoft ont été créées dans des périodes de crise), parfois une hausse des innovations dans certains secteurs (l'innovation devenant alors indispensable aux entreprises pour rester sur pied).

Ainsi même pendant et après la crise de 2008 une hausse du nombre de dépôt de brevets a été constatée. De plus les différents plans de relance et "stimulus package" en 2008/2009 comprenaient très souvent de nombreuses mesures pour favoriser l'innovation. Le but à l'époque était de relancer la croissance par la dépense publique, et quitte à dépenser de l'argent, autant soutenir l'innovation. Mais pourquoi l'innovation est-elle si importante? Car la croissance future d'un pays dépend de sa capacité à innover, pour remplacer ses industries vieillissantes par des industries innovantes ayant un avantage comparatif. C'est la fameuse "destruction-créatrice" ou "création Schumpetérienne", qui désigne le processus de disparition de certains secteurs d'activité de l'économie en déclin conjointement à la création de nouvelles activités économiques. Et le moteur de ce processus est l'innovation.

Ces points positifs sont d'ailleurs aussi parfois écologiques : les crises précédentes ont prouvé que le trafic aérien ou encore les ventes d'automobiles ralentissent, tout comme la construction immobilière (induisant une utilisation grandement diminuée d'acier et de ciment). Tous ces phénomènes entraînant une baisse importante de CO2.

Enfin une crise a pour effet de modifier certains comportements. Par exemple, c'est après la crise de 2008 que le fait de boire l'eau du robinet et non seulement de l'eau en bouteille s'est développé. Une crise a également pour effet de mettre en lumière les possibles limites d'un système et d'ainsi les combler et contribuer à une prise de conscience de la population.

Plus tard dans son discours, Absol évoque une hausse du prix du pétrole pour justifier un effondrement à venir. Nous reviendrons sur cela plus tard. Cependant, nous pourrions préciser que le premier choc pétrolier (1973) a prouvé qu'une crise financière liée à la hausse du prix d'une ressource oblige le secteur publique a prendre des mesures. Par exemple, l'année 1973 marqua une volonté gouvernementale en France de commencer à décarboniser l'économie. Nous pouvons ainsi citer une hausse du chauffage électrique (même si aujourd'hui les atouts du chauffage électrique sont à nuancer), ou encore le début de la production électrique nucléaire en France. Au plus fort de la crise, donc (les prix du pétrole avaient été multipliés par 4 sous l'impulsion de l'OPEP).

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L'avenir affirmera si une crise aura lieu ou non. Nous n'affirmons aucunement qu'une crise est impensable à court ou moyen terme. Quoi qu'il en soit, l'apparition d'une crise ne serait pas nécessairement une mauvaise chose du point de vue écologique notamment et des innovations (en particulier en France) et ne signifierait en rien une rupture irréversible. Elle pourrait même, comme expliqué plus haut, empêcher un effondrement en mettant en lumière les dysfonctionnements possibles du système.

Concentration de richesses

Selon Absol la multiplication du nombre de milliardaires serait un problème pour l'économie mondiale. En quoi ? Parallèlement à cela le taux de pauvreté diminue. Les personnes vivant dans la pauvreté ne représentent plus que 9 % de la population mondiale aujourd’hui contre 99 % au milieu du 18e siècle tandis que dans le même temps cette population passait de moins de 1 milliard d’individus à plus de 7 milliards et que, sur ces 7 milliards, 5 milliards de personnes ne vivent ni dans des pays à bas revenus ni dans des pays à hauts revenus, mais dans des pays à revenus intermédiaires.

Cela peut paraître absurde mais comme l'indique Erwan Le Noan, les inégalités ne creusent pas la pauvreté. Ce n'est pas parce qu'il y a des riches qu'il y a des pauvres, et si les riches sont six fois plus riches du moment que les pauvres sont deux fois moins pauvres, certes les inégalités se creusent, mais la pauvreté diminue bel et bien, ce qui est une bonne chose.

Absol se base sur le rapport d'Oxfam, qui est largement critiquable. Les chiffres nous indiquent tous que depuis que la mondialisation s'est développée, les plus pauvres connaissent un sort considérablement meilleur. Erwan le Noan nous rappelle que dans un rapport de 2016 la Banque Mondiale indique que entre 1990 et 2013, le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté (c’est-à-dire avec moins de 1,9 dollar par jour) a baissé de 1,1 milliard, alors même que la population mondiale progressait dans le même temps de 1,9 milliard. Pour la seule année 2013 (en pleine crise, donc), ce sont 114 millions de personnes qui sont sorties de la pauvreté.
Le même constat peut être fait sur la faim.

En bref nous le rappellerons jamais assez, inégalité n'est pas pauvreté.

Par la suite Absol évoque l'apparition de possibles régimes autoritaires. Il est bon de rappeler que l'apparition de gouvernements, aussi autoritaires soient-ils, ne constituent pas un effondrement. Ceci dit la tendance en Occident semble assez éloignée d'une dictature réellement dictatoriale et se rapprocher d'une forme de demande de démocratie plus forte (mouvement des gilets jaunes).

Situation climatique

Lorsqu'Absol parle de la montée des eaux, il explique que des villes comme New York, Londres ou Syndney seraient menacées. Nous avions déjà évoqué ce sujet ici, où nous avions expliqué que les digues sont des solutions très efficaces mise en place contre la montée des eaux et que des villes s'y préparent déjà, nous pouvons citer le projet Grand U à New York, le projet MOSE à Venis, ou la barrière de la Tamise à Londres. En outre le Pays-Bas est déjà protégé par des digues, sans ces dernières Amsterdam serait d'ores et déjà sous les eaux. l'ïle de Malé aux Maldives est également déjà protégée intégralement par des digues. Mesures d'adaptation qui selon le GIEC, comme nous l'avions relevé, ne coûteraient qu'environ 111 milliards de dollars par an au niveau mondial (coût qui ne comprend pas qu'exclusivement les mesures destinées à protéger les sociétés de la montée des eaux), un coût inférieur aux pertes économiques engendrées par un immobilisme.

Lorsqu'Absol dit qu'un emballement climatique pourrait conduire la planète à un réchauffement +5 degrés avant la fin du siècle sans que l'on ne puisse rien y faire, il faut nuancer ce propos. En effet, dans les pires des cas des techniques sont à notre disposition pour refroidir artificiellement la Terre (quand bien même aujourd'hui il n'est pas encore sain de les envisager).

Mais 5 degrés mènerait-il l'humanité à sa perte ? La vérité est qu'Absol, comme tous les adeptes de la théorie de l'effondrement, sous-estime grandement l'adaptabilité de l'Homme.

Il faut évidemment se battre contre le réchauffement climatique, nous avions même fait des propositions ici, et c'est un des piliers de la politique de Construire l'Avenir. Pour autant, les dires selon lesquels l'homme serait au bord de l'extinction à cause de cinq degrés sont des discours volontairement anxiogènes et exagérés qui font fi de toute capacité d'évolution, d'adaptation, et surestiment grandement les risques (pour autant des risques il y en a, évidemment, même beaucoup, ce n'est pas parce que l'humanité n'est pas menacée que le réchauffement climatique ne doit pas être combattu, il en va de notre confort de vie, de la lutte pour les plus démunis dans les pays du Sud qui souffriront en premier d'un réchauffement, et de la lutte pour la biodiversité et pour, globalement, préserver la beauté de ce monde).

En ce qui concerne la fonte du Permafrost (qui se dit pergélisol en français, même si tous les collapsologues semblent préférer le terme anglais), il convient de rappeler que même en prenant le scénario le plus pessimiste de tous, le pergélisol ne contribuera pas à plus de 12% de l'élévation de la température en 2100 comme l'explique une étude de la Royal Society ici. Il convient en outre d'expliquer que des mesures peuvent être prises pour capturer le méthane relâché ou consolider les glaces du pergélisol.

Par la suite Absol indique que cela rendrait la terre inhabitable (ne citant aucune étude sur ce sujet). Selon lui une Terre à plus de 5 degrés mènerait à l'extinction de l'humanité et à celle d'une grande partie des êtres vivants. Problème ? Aucune donné ne semble appuyer cette information. Cela néglige plusieurs éléments dont nous avions parlé précédemment : tout d'abord la civilisation humaine a une capacité d'adaptation élevée. Secondement des périodes terrestres ont vu des températures similaires à celles-ci comme le crétacé avec des températures en moyenne de 4 degrés supérieures à celles d'aujourd'hui avec un taux de dioxyde de carbone 4.25 fois plus important qu'actuellement (environ 1 700 ppm), des taux d'O2 atmosphériques (gaz à effet de serre) à hauteur de 150% à la présence actuelle. Malgré tous ces éléments, la période était propice à la vie, c'est la période à laquelle on pense le plus lorsque l'on pense aux dinosaures. En outre il convient de préciser que si des animaux disparaissent ce n'est que marginalement en raison de la hausse des températures (même si cela joue) mais surtout en raison de la perte d'habitat et de l'introduction d'espèces prédatrices dans leur milieu.

En outre, certaines espèces animales évoluent en fonction des conditions climatiques. Oiseaux, renards et petits mammifères adaptent leur régime alimentaire au changement climatique. En conséquence, des chercheurs israéliens ont montré que la taille des animaux varie là où les changements sont les plus extrêmes. La couleur des plumes de la chouette chevêche est également en train de changer pour s'adapter au réchauffement climatique. Quant aux espèces végétales, elles ne sont que dans une faible mesure impactée par le réchauffement climatique. Le changement climatique rend notamment les végétaux moins sensibles à la sécheresse. Comme cela a toujours été le cas et est déjà le cas, les espèces évoluent en fonction du réchauffement climatique, s'adaptent, et migrent.

Par la suite Absol parle du fait que la température serait bien plus conséquente sur les continents. Une augmentation de 3 degrés en moyenne sur Terre conduirait à une augmentation de 6 degrés sur Terre. Si cela est vrai en partie il ne faut pas trop monter en besogne : la température sur les continents n'est pas nécessairement le double de la moyenne terrestre (la moyenne terrestre étant de 15 degrés actuellement et la température moyenne étant de 15.8°C en France par exemple).

En outre certaines études tendant à nous prouver que l'Europe serait devant un possible refroidissement climatique, qui verrait son climat refroidir de 2 ou 3 degrés en raison du dérèglement des courants du Gulf Stream (dérèglement lui-même occasionné par le réchauffement climatique). "La chaîne météo" en parle dans cet article.

Par la suite il est posé la question de l'adaptabilité des agricultures dans ce contexte. Encore une fois, c'est oublier que notre agriculture a dès aujourd'hui la capacité d'être relativement indépendante de notre environnement par l'utilisation de serres, voire d'OGM (quand bien même ils sont critiquées) ou de fermes urbaines contrôlées ainsi que de la généralisation des techniques d'irrigation (par dessalement de l'eau de mer par exemple via l'osmose inverse, économique). On arrive à cultiver et à avoir de bons rendements dans des champs placés dans le désert allant jusqu'à 55 degrés si tant est que l'irrigation soit maîtrisée.

En outre Frédéric Levrault, expert climat pour les chambres d'agriculture estime qu'il faudra très certainement s'adapter, "mais que nous pourrons toujours faire vivre les agriculteurs et nourrir les français" (s'adapter notamment en cultivant des variétés de blé dont le cycle est plus court afin de récolter plus tôt et d'éviter les fortes chaleurs). Selon lui, la France agricole de 2050 ne devrait pas être très différente de 2019.

Sols

En ce qui concerne la pérennité des sols, nous avions évoqué ce sujet ici.

Dans leur ouvrage "Pour une agriculture mondiale productive et durable" publié en 2011,Michel Petit et Pascal Tillie nous apprennent que "La tendance générale de l’évolution de la production de céréales est une croissance régulière en dépit de variations inter- annuelles qui s’expliquent principalement par les aléas climatiques. La production a doublé au cours de cette période de trente-huit ans, ce qui représente un taux de croissance annuel moyen de 2,5 %, soit substantiellement supérieur au rythme de la croissance de la population mondiale (environ 2 % par an)."

Ils expliquent par la suite que "Le doublement de la production céréalière s’explique essentiellement par une augmentation des rendements, la surface totale dévolue aux céréales n’ayant crû que d’environ 10 % au cours de cette période de trente-huit ans".

De plus, il convient de préciser que nous pouvons d'ores et déjà nourrir deux fois la population mondiale, et que le problème n'est qu'un problème de gaspillage et de mauvaise répartition. De plus, diminuer même légèrement la consommation carnée augmente considérablement la production de nourriture (c'est ce que préconise le GIEC). Et ça c'est sans parler des fermes urbaines et autres techniques alternatives dont le YouTubeur PoissondFécond a parlé dans une vidéo très intéressante.

Aussi, l'érosion touche, selon le GIEC, 17% des terres (4% en Europe). Encore une fois nous ne sommes pas au niveau d'une apocalypse mondiale. Une érosion qui, rappelons-le, n'est pas définitive.

De plus, il convient de préciser que dans un document de la FAO sur ce sujet, celle-ci nous informe que "les pertes de production (2 à 5 %) sont modestes et facilement compensées à l'échelle régionale par l'emploi de nouveaux intrants (engrais, drainage, mécanisation du travail du sol)". En réalité, il s'agit plutôt d'un problème économique et social pour les petits paysans majoritairement pauvres qui risqueraient de voir leurs revenus diminuer.

Quand bien même les rendements baisseraient, n'oublions pas que 40% de la production agricole part à cause du gaspillage actuellement. Des efforts là dessus permettraient de largement contre-balancer ce fait. De plus, une diminution des surfaces dédiées à l'élevage pourrait également être envisagée et permettrait d'augmenter considérablement la production mondiale.

Et encore une fois, rien ne prend en compte le progrès à venir : viande in vitro, serres, fermes urbaines etc, culture d'algues etc.

Nous pourrions préciser que beaucoup de régions agricoles, surtout en Afrique, en Amérique de l'Est et en Europe de l'Est n'atteignent pas le maximum de leur potentiel en matière de récoltes. En choisissant mieux les variétés de cultures, résistantes et adaptées à l’écosystème local, en formant les paysans, en adoptant une meilleure gestion et en investissant dans des équipements plus performants, la production alimentaire actuelle pourrait être augmentée de 60 %.

Aussi, une étude commandée par le ministère de l'agriculture intitulée "Terres cultivables non cultivées : des disponibilités suffisantes pour la sécurité alimentaire durable de l’humanité" établie en 2010 indiquait que la quantité de terres cultivables non cultivées était estimée entre 1 milliards d'hectares selon une première hypothèse (la plus pessimiste) et 2,3 milliards d'hectares selon la plus pessimiste. Il est préférable de se baser sur la plus pessimiste, qui multiplierait par 1.7 la surface des terres arables (actuellement d'1.4 milliards d'hectares). Ceci toujours selon la première hypothèse qui est calculée sur une déforestation 0.

Pollution

En ce qui concerne la pollution, les mesures pour lutter contre sont simples à prendre si des décisions ambitieuses sont prises. Et quand bien même ce fait est dramatique, il n'est pas une cause d'effondrement en soi.

Biodiversité

En ce qui concerne la perte de biodiversité cette dernière n'est réellement grave (grave pour l'humanité j'entends, la perte d'espèces est de fait grave et ce n'est pas parce qu'elle ne menacerait pas la pérennité de la civilisation qu'il faudrait traiter cette question avec indifférence) que si l'on considère que l'homme n'est pas indépendant de son environnement. Or c'est un point de vue largement critiqué. En effet d'aucuns estiment que l'humanité est déjà arrivée à un stade où elle est quasi-indépendante de son environnement, dans le sens où nous savons maîtriser la météo (faire pleuvoir, la Chine le fait pour prévenir des sécheresses, ou encore contrôler des ouragans même si ce point est purement théorique pour le moment), où l'on peut cultiver la Terre en faisant fi des aléas climatiques (serres réchauffées/climatisées, fermes urbaines, OGM même si ce point est critiqué). De par les processus d'industrialisation de la terre, on peut penser que l'homme n'est déjà plus dans la chaîne alimentaire. Il peut modifier les génomes d'espèces (par OGM certes mais aussi par reproduction), les préserver en captivité/culture etc. Ce faisant une extinction même majeure d'espèces sauvages ne l'affecterait pas outre mesure (ce constat n'est pas vrai pour les populations tribales notamment mais cela ne rentre pas dans le domaine de l'effondrement thermo-industriel). Ensuite concernant les intrants les effets négatifs ne sont présents que dans le cas d'une agriculture intensive déraisonnée. Dans le cas d'une agriculture raisonnée les intrants permettent d'augmenter les rendements sans nuire aux sols ou aux cours d'eau.

La question des abeilles est également évoqué. Nous l'avions expliqué ici.

Tout d'abord il convient de préciser que nous connaissons en réalité très mal la situation des abeilles en général. Nous avons du mal à différencier les abeilles domestiques élevées par des apiculteurs pour faire du miel qui pollinisent une partie seulement des fleurs et les autres pollinisateurs dont les abeilles sauvages, comme expliqué par une étude récente publiée dans Science et Nature.

Pour donner un ordre d'idée, en France sur 1 000 espèces une seule est élevée par des apiculteurs. Or c'est en grande majorité en se basant sur ces espèces utilisées que nous émettons des hypothèses sur la situation des abeilles en général (étudier des espèces sauvages est bien plus dur). Ainsi, lorsque l'on parle du "syndrome d'effondrement des colonies d'abeilles", il s'agit bien des abeilles des apiculteurs.

Pour ce qui est des études sur les abeilles sauvages, en Europe celles en voie d'extinction ne représenteraient que 9.2% des espèces, dont seulement 5.2% dans un avenir proche (préoccupant mais pas un signe d'apocalypse), selon les chiffres de l'Union internationale pour la conservation de la nature (organisme sur lequel s'appuiera Absol plus tard dans on propos).

Au total il y aurait 150 espèces en déclin (attention, en déclin ne signifie pas en voie d'extinction), 244 stables et 13 en augmentation. Bref, loin de l'apocalypse annoncée.

Pour ce qui est de la mortalité en ruche, elle est entre 15 et 30% et reste stable d'une année à l'autre.

Qui plus est, il ne faut pas surestimer le rôle des abeilles (quand bien même celui-ci est relativement important). Déjà il existe une multitude de pollinisateurs, les abeilles ne sont pas les seules ! De plus peu de plantes dépendent totalement des pollinisateurs. Ces plantes seraient affectées, bien sûr, mais nous aurions quand même de la nourriture.

Ainsi, selon Marcelo Aizen, professeur titulaire à l'École d'écologie de l'Université nationale de Comahue, en Argentine dans une étude publiée dans le journal scientifique Annals of Botany, en l'absence de pollinisateurs, les rendements agricoles mondiaux diminueraient d'entre 3 % à 8 %.
Encore une fois, loin de l'apocalypse annoncé, étant donné que cette étude se base sur un absence totale de pollinisateurs, ce qui, comme expliqué au-dessus, n'aura pas lieu.

D'autant plus que nous pouvons artificiellement polliniser les plantes. Des nano-robots pollinisateurs sont déjà en fonctionnement. Une étude de Dronecopter nous informe que ce type de procédé augmenterait la pollinisation de 25 à 60% pour ce qui est des cerises et des amandes, et que les fleurs sont d'emblée de tailles plus conséquentes qu'avec les abeilles. Les drones peuvent en effet vaporiser une quantité importante de pollen dès que la fleur s'ouvre pour favoriser leur croissance. Le rendement serait donc excellent.

Mais nous précisions cela par expérience de pensée. Comme nous l'avions précisé, l'idée selon laquelle tous les pollinisateurs vont disparaître est au mieux une erreur, au pire un mensonge.

Deforestation

La déforestation est également un argument régulièrement rétorqué. Or, comme expliqué ici, le système forestier est en réalité, non content d'être en équilibre, excédentaire. La biocapacité naturelle de la terre en termes d’espaces forestiers est de 0.73 hectares par personne et par an et nous n’en consommons en moyenne que 0.27 hectares par personne chaque année.
Au total, la surface des forêts a ainsi augmenté de 7% depuis 1982. Seules les forêts tropicales sont touchées. En France par exemple les forêts ne ne cessent de grandir.

Démographie

Absol diffuse une interview de Thinkerview dans lequel l'intervenant déclare (sans preuve et sans aucune source) qu'il n'est pas possible de nourrir 14 milliards d'êtres humains. Problème ? Ceci est factuellement faux.

Nous pouvons déjà aujourd'hui nourrir deux fois la population mondiale (15 milliards de personnes environ). En effet les principales limites du système sont autour du gaspillage. Selon la FAO, 40% de la production agricole est jetée à cause du gaspillage alimentaire.

En outre, des centaines d’expériences démontrent que les plantes poussent plus et plus rapidement si elles sont exposées à un taux plus élevé de CO2. Sur les dernières décennies, 17% de l’augmentation des rendements de blé seraient dus au seul effet de l’augmentation du taux de CO2. Un doublement de son taux permettrait un accroissement du rendement en blé de 44%. Cela n'est possible que si les techniques d'irrigation sont utilisées et que les cultures se font de manière à éviter les sécheresses.

Nous pourrions préciser que beaucoup de régions agricoles dans le monde pourraient augmenter considérablement leur production agricole. D'autant plus que que le réchauffement climatique permet la culture de nouvelles terres jusqu'alors incultivables, notamment dans le Nord. Mais nous avions déjà expliqué pourquoi l'agriculture n'était pas en danger dans le paragraphe sur les sols.

Le jour du dépassement

Absol reprend ici une théorie largement critiquée par la communauté scientifique : le jour du dépassement. Selon ses dires il faudrait 5 Terres pour que la population mondiale puisse vivre comme les Etats-Unis. Problème ? Cette information est trompeuse. Nous avions expliqué ici pourquoi cette information était hautement biaisée. Voici ce que nous disions :

Michael Schellenberg, fondateur de l'association "Environmental Progress" et du think thank "Breakthrough modernisme" est l'une des voix à s'être élevé contre l'utilisation mensongère faite du principe d'"empreinte carbone" sur lequel est fondé le jour du dépassement. Celui qui a reçu en 2008 le prix de "Héros de la planète" pour son engagement environnemental par le New York Times déclare que "le jour du dépassement n'a aucune valeur scientifique."

Pour ce faire, il se base sur un certain nombre de données dont un article scientifique paru dans la revue PLOS Biology intitulé "Does the Shoe Fit? Real versus Imagined Ecological Footprints".

Ainsi, il y est révélé que cinq des six mesures qui composent l'empreinte écologique sont en réalité en équilibre ou excédentaire et que seules les émissions de carbone de l'humanité étaient déséquilibrées.

Ces six indicateurs sont les émissions de carbone, les terres cultivées, les terres bâties par l'homme, les pâturages, la pêche et les zones forestières.
En se basant sur les résultats de l'étude, il apparaît ceci (les barres rouges indiquent un déficit, les barres bleues sont en surplus) :

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C'est en additionnant toutes ces données que l'on trouve l'affirmation qui a fait les gros titres des journaux ces dernières semaines comme quoi il faudrait 1.7 planètes pour garder le niveau de vie de la population mondiale et 2.9 planètes si toute l'humanité vivait comme les français.

Aucune des cinq catégories d'utilisation des terres non carbonées ne présente de déficit écologique substantiel, ce qui suggère qu'il n'y a pas d'épuisement des terres cultivées, des pâturages, des forêts, des zones de pêche (à nuancer, mais en regardant les données du GFN on constate bel et bien un équilibre) et des terrains bâtis à un niveau global. Ce résultat provient du fait que les comptes des terres cultivées, des pâturages et des terrains construits sont construits de manière à ce qu'ils soient toujours proches de l'équilibre, l'empreinte de la consommation étant par définition presque égale à la biocapacité.

On se rend tout de suite compte de la tromperie occasionnée par ces données : on ne parle pas ici d'utilisation de ressources naturelles mais d'émissions de carbone non compensées par la nature (non ingurgitées par les forêts notamment).
Donc ce n'est pas du tout une question de ressources qui viendraient à manquer, c'est faux. Il s'agit d'une question d'émission de carbone et de captation de carbone.
Cela signifie concrètement que nous ne consommons pas plus de ressources que nous n’en disposons. Au contraire, nous n'en consommons parfois "pas assez" ! Par exemple, la biocapacité naturelle de la terre en termes d’espaces forestiers est de 0.73 hectares par personne et par an et nous n’en consommons en moyenne que 0.27 hectares par personne chaque année. De la même façon, nous avons beaucoup plus d’espaces de pâturages disponibles que nous n’en consommons : 0.21 hectares par personne disponibles contre 0.16 utilisés.

Et il ne s'agit pas de théories climato-sceptiques, le GFN prouve-lui même dans un document destiné à expliquer sa méthode ce qu'affirment les sources citées ci-dessus. Voici ce qu'on trouve dans ce document :

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Puis par la suite, dans un tableau explicatif il est clairement énoncé que seuls ces sols énergétiques fictifs sont en déficit (les chiffres diffèrent légèrement de ceux cités ci-dessus car datent de 2005 tandis que ceux cités précédemment étaient plus récents) :

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Par conséquent, presque tout le dépassement écologique provient de la mesure de la vitesse à laquelle le dioxyde de carbone s'accumule dans l'atmosphère. En effet, si l'on exclut le carbone, la biocapacité mondiale dépasse l'empreinte de la consommation d'environ 45% en 2008. Autrement dit, on consomme bien moins que ce que la terre produit.

Comment arrive-t-on à ces chiffres affirmant qu'il faudrait 2.9 terres pour vivre comme un français ? Tout simplement en convertissant les émissions de carbone de l'humanité en la surface de forêts qui serait nécessaire pour toutes les capturer. Un procédé tout à fait malhonnête ignorant ainsi tous les autres moyens d’absorber ou de ne pas émettre de CO2.

Autrement dit le premier argument est faux, il n'y a pas de dépassement de la biocapacité, et les défenseurs du jour du dépassement mettent ensemble des données qui n'ont rien à voir.

Ressources

Phosphore

Nous avons expliqué ici que nous savons récolter du phosphore de manière durable, notamment via des gestion de l'urine humaine, des déjections animales ou encore des squelettes d'animaux. Voici ce que nous disions :

Il conviendrait cependant de préciser que ce chiffre a depuis été grandement réévalué. D’après l’agence fédérale allemande pour les matières premières, les réserves mondiales en phosphore atteignent 71 milliards de tonnes, dont 77 % se trouvent au Maroc. Cela tranche avec les estimations des réserves mondiales d'il y a 10 ans qui tablaient sur 17 milliards de tonne (depuis ces chiffres de nombreuses nouvelles sources ont été découvertes au Maroc).

Le site "engrais-agriculture" nous informe ainsi qu'au niveau actuel de consommation – la majeure partie est absorbée par les engrais en agriculture-, nous pouvons tabler sur 385 années de stocks de phosphore.

Quand bien même, il convient de dédramatiser la situation. De la même manière qu'une pénurie de pétrole, une pénurie de phosphore ne se produit pas du jour au lendemain, et les acteurs du milieux ont largement le temps de s'adapter. Comment ? Nous savons utiliser du phosphore recyclé, promenant de Mafor (matières fertilisantes d'origine résiduelles) - typiquement des excréments humains, de l'urine humaine (boues d'épuration - Deux laboratoires expérimentaux se trouvent à Offenbourg et à Berlin), des effluents d'élevage, des composts, des digestats de méthanisation, de cendres ou encore de biochars. La recherche en biologie végétale devrait également favoriser les économies de matière.

Si on s'intéresse au biochar notamment, on se rend compte que cet amendement agricole issu de la biomasse possède de très nombreux avantages : réhumification des sols, amélioration de la rétention d'eau, stimulation du système immunitaire des plantes. Il peut également contribuer à la séquestration du carbone dans les sols végétalisés durant des centaines de milliers d'années.

En ce qui concerne l'urine humaine, elle est un excellent réservoir de phosphore, d'azote, et de potassium. Elle pourrait donc être réutilisée à grande échelle dans l'agriculture dans le cas d'un plan de recyclage mondial.

Enfin, la transgénèse apparaît comme une approche encourageante également. Certains scientifiques ont mis au point des plantes capables de développer davantage leur système racinaire et ainsi, récupérer plus de phosphate provenant du sol.

Métaux

Lithium

Le lithium est le 33ème élément le plus abondant sur Terre. L'USGS (Institut d'études géologiques des États-Unis) dans un rapport estime que les ressources de lithium économiquement exploitables de lithium sont de 62 millions de tonnes.

En 2016, la demande globale de lithium était de 201 000 tonnes. En gardant ce niveau de consommation, on aurait du lithium pour 308 ans.

Mais la demande de lithium va très probablement fortement augmenter dans les années qui viennent. En considérant qu'elle augmenterait de 300% (603 000 tonnes), on en aurait, avec les ressources actuellement estimées, pour 103 ans de consommation.

En outre, l'exploitation de lithium marin ou de lithium issu des eaux thermales permettrait de grandement augmenter le volume de ressources exploitables.

Précisons également que l'on sait recycler le lithium présent dans les batteries automobiles. Cela n'est que peu fait pour le moment car le coût reste élevé et recycler pleinement le lithium ne serait donc pas rentable. En revanche, plus le lithium se fera rare, plus le prix sera cher, donc plus le recyclage se généralisera, devenant alors rentable.

De plus, nous savons substituer le lithium. Par exemple en utilisant des accumulateurs lithium fer phosphate, moins demandeur en lithium, des batteries au cobalt, au nickel ou encore, le plus prometteur, des accumulateurs sodium-ion qui reposent alors sur une ressource presque infinie : le sodium.

Recyclage et substituts

Le recyclage, parlons-en. Il est faux de voir la Terre comme au bord de la pénurie pour tout : l'aluminium est un des métaux les plus abondants sur la planète Terre (il peut d'ailleurs remplacer le cuivre). Cuivre qui est recyclable à 100% (hors pertes d'usage, évidemment). Le silicium on en a encore pour deux siècles et on sait encore le remplacer sans compter le fait que plus le minerai devient rare plus on peut investir dans les gisements et plus les réserves disponibles augmentent. En fait il existe des substituts pour à peu près tout, donc on est pas prêt de voir tout disparaître. De plus, ce qui est en pénurie est souvent recyclable à près de 100% comme le cuivre car, rappelons-le, tous les métaux sont recyclables à 100% et ce, à l'infini (hors pertes d'usage). C'est également le cas d'éléments comme le verre, les gravats de construction, le papier etc.

Minage spatial

Et même en faisant abstraction de tout cela, les effondristes ne voient les matériaux seulement par le prisme de la Terre. Or, nous avons un système solaire abondant plus que nous pourrions l'imaginer ! Rien que sur la Lune : cérium, terbium, samarium, scandium, gadolinium et autres "terres rares " ! Sans oublier évidemment que la Lune est riche en aluminium, en silicium, en magnésium, en fer etc. Le minage spatial ? Projet fantaisiste ? Pas du tout, mais projet de très long terme évidemment. Des gouvernements et états comme le Luxembourg investissent déjà dans ce domaine. De plus, c’est un projet très sérieux de la Nasa qui compte faire appel au secteur privé pour financer ces coûteuses lunaires d’ici à 2030 : «Des atterrisseurs lunaires développés par des sociétés privées peuvent contribuer à prospecter et à exploiter ces ressources». Et ça ce n'est que sur la Lune ! Le potentiel sur Mars est énorme, la planète à un sol très minéral ! Et il y a plein d'autres planètes, et de lunes (Titan, Phoebé, Atlas, Téthys, plusieurs centaines !) Et le minage spatial pourrait voir son coût considérablement diminué avec l'apparition de techniques comme celles mises au point par SpaceX, ou celles du Launch Loop qui pourraient faire baisser le coût de la mise en orbite du kilogramme de matériaux en le faisant passer à 300 voire à 10 euros ! Bref, rien de fantaisiste, et cela se met déjà en place.
Encore une fois, cela n'est qu'une solution à très long terme, elle n'est pas envisageable actuellement et n'est pas nécessaire.

Gaz

Selon Absol les ressources de gaz seraient au bord de la pénurie. Ce point de vue n'est pas partagé par tous.

Samuele Furfari, docteur en sciences appliquées, ingénieur et auteur explique qu'avec l’arrivée du gaz de roche-mère, les réserves de gaz natu­rel ont quadruplé. Avant cette éruption, on estimait que le monde disposait d’environ 70 ans de réserves. Aujourd’hui, l’Agence internationale de l’énergie (AIE, qu'Absol cite plus tard dans sa vidéo) proclame que ces réserves sont de 250 années à l’échelle de la consommation actuelle. En outre, nous savons nous passer de gaz.

Forêts

Comme expliqué plus haut, les forêts progressent et sont de plus en plus nombreuses.

En outre, des projets ambitieux de reforestation comme nous avions évoqué ici existent, et l'Australie a ainsi planté plus d'un milliard d'arbres quand l'Ethiopie prévoit d'en planter 6. A titre de comparaison l'an dernier 451 millions d'arbres ont été abattus dans la forêt amazonienne.
Quand bien même la perte de forêt tropicale menace des espèces, nous avons vu que cette disparition ne menace pas outre-mesure l'humanité (ce qui ne veut pas dire encore une fois qu'il faut continuer la déforestation, loin de là !). De plus il n'est pas lieu de parler d'une destruction totale de la forêt amazonienne. Cette dernière comprend 390 milliards d'arbres. Au rythme actuel, il faudrait 865 ans pour en venir à bout.

Absol montre à l'écran un débat avec Alexandre Bihouix qui affirme que les forêts qui poussent aujourd'hui sont des forêts faibles. Pourtant on parle bien ici d'arbres, et non de surfaces de feuilles. En effet cette étude parue dans "nature menée par des chercheurs de l’université du Maryland, n’observe pas la surface des feuilles, mais celle occupée par les arbres de plus de 5 mètres de haut. Cette couverture arborée (tree cover) a augmenté de 2,24 millions de kilomètres carrés, c’est-à-dire de plus de 7%, entre 1982 et 2016, d’après les images satellites que compilent depuis des années ces universitaires (elles sont réutilisées et mises en forme par la Fondation Global Forest Watch).

Ressources halieutiques

Comme expliqué plus haut, la pêche est en réalité un domaine en équilibre. De plus la fin de la pêche ne représente pas un effondrement civilisationnel.

Pétrole

Absol commence par affirmer que les découvertes de nouveaux gisements de pétrole sont en baisse depuis 1954. Ceci est vrai mais il serait erroné de conclure au début d'une pénurie physique. Avec les prix bas, la prospection a ralenti car les compagnies pétrolières ne s'y retrouvaient pas financièrement. Avec des prix plus élevé elle reprendra. C'est un fait : les réserves augmentent avec le prix et la notion du peak oil recule au fur et à mesure que l'on avance.

Ensuite, même en l'absence de découverte, les réserves continuent de grossir. Il faut savoir que seule une petite partie du pétrole (environ 20%) contenue dans les puits en sort naturellement : dès que la pression n’est plus suffisante, le robinet se tarit. Les ingénieurs sont alors obligés d’injecter de l’eau ou du gaz pour pousser le brut vers la sortie. Or ces techniques ont tellement progressé que, en une vingtaine d’années, elles ont fait passer le taux de récupération moyen de 20 à 35%, et ce dernier continue d’augmenter. Cela accroît d’autant les réserves exploitables.

En outre, il convient de préciser que le pétrole est important actuellement, mais que nous savons très bien nous en passer. Nous avions déjà expliqué cela. Voici ce que nous disions :

L'argument suivant énoncé dans cette vidéo est celui des énergies fossiles. Selon l'auteur, 80% de l'énergie mondiale provient de sources fossiles.

Cependant, il ne faut pas aller si vite en besogne.Nous savons en effet déjà nous passer de cette énergie fossile. Il s'agit du principe de décarbonisation.
Nous possédons de substituts pour le pétrole efficaces dans tous les domaines.

L'un des piliers de la décarbonisation est l'électrification et le recours à l'hydrogène.

La France, par exemple, dispose d'une énergie majoritairement décarbonée en se reposant notamment à 71.7% sur l'énergie nucléaire.

Mais le nucléaire n'est pas une énergie infinie, me diriez-vous. L'uranium est limité.

Certes, vous auriez raison. En revanche il faudra attendre un bon bout de temps avant d'être en pénurie. En effet, selon l'inventaire de l'ANDRA (agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs), les stocks d'uranium appauvris stockés sur le territoire national sont estimés à environ 300000 tonnes.

Sachant qu'un arc de réacteurs à neutrons rapides (il existe des réacteurs à neutrons rapides en Russie et près de Pékin déjà et la France investit dedans) en consommerait une cinquantaine de tonnes par an à production électrique constante (~400 TWh), on a 6000 ans de réserves sur le territoire. Cela seulement pour la France.

Ceci sans parler des réacteurs au thorium qui ont existé ou des réacteurs à fusion nucléaire qui pourraient exister (sans oublier que, comme dit plus haut, même sans nucléaire on sait s'alimenter totalement en énergies renouvelables, c'est juste plus cher).

Nous pourrions également parler de l'extraction d'uranium marin, qui vient encore augmenter considérablement la pérennité du nucléaire.

Et encore une fois, il n'arrivera pas d'un seul coup un jour où nous manquerons totalement de pétrole, cela se fera progressivement, plus on s'approchera de la fin plus le prix du pétrole augmentera donc des gisements jusqu'alors considérés comme non-exploitables le deviendront ce qui fera encore plus reculer la fin du pétrole et durant ce laps de temps (qui peut s'étendre sur 50 ans) les acteurs auront largement le temps de s'adapter (le pétrole deviendra plus cher donc moins compétitif et les industries alternatives seront grandement favorisées, et ce de manière exponentielle, hors crises ponctuelles qui pourraient faire temporairement baisser le prix de la ressource).

En effet, en cas de pic pétrolier, la production ne s'arrête pas d'un coût. Cependant, elle baisse, et se situe en dessous de la demande. Ainsi, le prix augmente, et ce de manière continue. Voici un exemple avec un graphique illustrant la situation jusqu'en 2050 en cas de pic pétrolier. Graphique élaboré par Jean-Marc Jancovici :

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Ainsi, le prix augmenterait pendant un pic pétrolier. L'ADEME (Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie) estime cette augmentation constante de l'ordre de 4.83 dollars par an.

Ainsi, l'ADEME dans ce rapport estime le prix de baril de pétrole à 134.45 dollars en 2030, et à 231 dollars en 2050. Sachant qu'un prix supérieur à 100 dollars force le gouvernement à entreprendre des actions selon l'ADEME.

C'est ainsi que l'ADEME estime par exemple que 60% des véhicules vendus seront électriques en 2050, ou encore que le transport des marchandises se fera majoritairement par voie ferroviaire et non plus par camions.

En outre précisons aussi que nous savons faire de la métallurgie et de la sidérurgie sans pétrole. La Suède notamment le fait déjà.

Pour le transport nous avions déjà en partie évoqué ce phénomène ici. Nous savons tout à fait (et c'est déjà fait) créer des bateaux à l'hydrogène, créer des avions à hydrogène, créer des véhicules à hydrogène ou électrique. Précisons ici que nous parlons d'hydrogène généré à partir d'électrolyse de l'eau alimentée par des sources électriques renouvelables (c'est fait au Japon, par exemple).

La Norvège est par exemple en train de construire un cargo 100% hydrogène.

En outre, des barges porte-conteneurs 100% électriques sont en construction au Pays-Bas, notamment par la société Port-Liner.

Décarbonner l'économie, c'est possible. On sait tout faire sans énergies possibles. Nous vous recommandons par exemple la lecture du scénario Négatep de l'association "Sauvons Le Climat", qui vise à décarboniser la France. Ce de manière économiquement et physiquement réaliste. Plus d'informations sur ce lien.

Eau potable

Ici Absol distingue l'eau des nappes phréatiques par exemple, l'eau potable, de l'eau de mer. Evidemment, cette dernière n'est pas potable. Sauf que… on peut la rendre potable. Et ce de manière très économe à la fois énergétiquement parlant et pécuniairement parlant. Comment ? Il s'agit du principe d'osmose inverse. Basiquement un système de filtrage très fin qui ne laisse passer que les molécules d'eau. Dans ces conditions, on image mal une pénurie mondiale d'eau.. Ce genre d'usine sont déjà utilisées à grande échelle en Australie par exemple. Voici une image de l'usine de dessalement de l'eau de mer par Osmose Inverse de Perth (cette seule usine est capable d'abreuver 1,021 millions de personnes (avec une production par jour de 143 000).

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Critique de la croissance

Après cet inventaire (un tantinet biaisé) du monde, Absol s'étend dans une longue logorrhée contre la croissance. Problème ? La décroissance ne résout rien. Pire, elle aggrave ! Ce sujet avait notamment bien traité par Germain Belzile, professeur d'économie à HEC-Montréal ou encore Philippe Mösching, ingénieur :

Il faut bien reconnaître qu’une diminution de la production de biens matériels aura comme effet mécanique une diminution de la consommation de ressources matérielles et de l’énergie nécessaire à leur production et leur transport. Un argument simple et imparable. Sauf qu’il ne résiste pas longtemps à l’analyse : trier les déchets, construire et installer des éoliennes, développer et produire des matériaux recyclables, isoler sa maison, éviter l’huile de palme (et donc acheter des huiles plus chères), produire et acheter bio (plus cher), acheter local (dont la production est comptabilisé dans le PIB au contraire des importations), investir à optimiser les modes de transports, etc. sont des actions favorables à l’environnement qui pourtant participent à l’augmentation du PIB, et donc à la croissance. À l’opposé, une réduction des services d’entretien, des infrastructures modernes, un frein à l’investissement peuvent se révéler un bien mauvais calcul, conduisant à des effets néfastes.

Autrement dit, pire qu'être inefficace, la décroissance empêche d'adopter de meilleurs comportements environnementaux et de prendre des politiques ambitieuses de transition énergétique.

Par la suite Absol continue sur la biocapacité, principe dont nous avions expliqué plus haut qu'il était très mal utilisé dans ce cadre. En outre Absol parle de monde "fini". Simplement à long-terme on peut douter de cette "finitude" du monde avec un argument très simple : l'exploration spatiale.

Migrations climatiques

Vers la fin de la vidéo, Absol livre un constat sur les migrations climatiques, en déclarant que nous ne les accueillerons sûrement pas en Europe lorsqu'ils seront des centaines de millions à arriver. Sauf que ce résonnement est assez fallacieux, car les migrations dans le cas climatique ne s'effectuent pas vers l'Europe mais sur de très courtes distances. Nous avions traité de ce sujet ici.

Conclusion

En conclusion Absol a su dans sa vidéo garder un ton assez neutre et factuel, rappelant à plusieurs reprises que ce qui est affirmé ne doit pas être pris pour argent comptant. En revanche en creusant le discours développé, on se rend compte de certaines failles que j'ai pu évoquer plus haut. Comme il est impossible d'affirmer avec une certitude à 100% qu'un effondrement va se produire il est impossible d'affirmer à 100% qu'un effondrement ne va pas se produire. Les prévisions sur le futur sont ce qu'elles sont : des prévisions hypothétiques.

En revanche, ce que nous pouvons affirmer à 100% c'est que l'effondrement est factuellement endiguable si des mesures politiques ambitieuses et courageuses sont mises en place, et que nombre d'arguments sensés nous démontrer de l'imminence d'un effondrement sont en vérité biaisés. Nous pouvons éviter un effondrement en mettant en place les mesures qu'il faut, développées sur ce billet et sur ce site. Rien n'est perdu, d'autant plus qu'elles se mettent déjà en place et qu'en toute logique économique de base, elles vont se démultiplier à l'avenir poussées par un sérieux avantage comparatif.

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