Reponse Absol


Réponse à la vidéo d'Absol sur l'effondrement de la civilisation industrielle



Après avoir produit la veille une critique sur une vidéo illustrant les principaux arguments collapsologues,il me semblait plus qu'intéressant de répondre à la nouvelle vidéo du YouTubeur AbsolVidéos traitant en profondeur de ce sujet que voici :

En effet, Absol nous livre ici une vidéo réalisée avec brio qui traite merveilleusement bien le sujet qui nous intéresse. Je vous invite à aller la voir (ne soyez pas rebutés par la durée, elle passe vite).
En tant que partisan de la thèse adverse à celle développée par Absol, celle de l'effondrement, je répondrai donc au fur et à mesure du développement de la vidéo à certains arguments, pour émettre une vision différente de celle que nous offre l'auteur et montrer certaines failles ou limites du raisonnement effondriste à travers les arguments qu'évoquent Absol.

En outre, Absol publiera prochainement une deuxième partie de sa série sur l'effondrement puis une dernière partie par la suite que nous ne manquerons pas de décrypter attentivement. Aujourd'hui nous nous concentrons seulement sur la première vidéo qui, comme il le rappelle lui-même, n'est qu'une introduction au sujet.

Crise financière

Après avoir évoqué ce qu'était un effondrement et expliqué l'origine de la pensée collapsologue, le premier argument qu'exploite Absol est l'argument économique. Il commence à parler des dettes.

Selon Absol, la dette mondiale pourrait représenter une menace. En revanche ce point de vue n'est pas partagé par de nombreux économistes. Selon le prix Nobel d'économie Paul Krugman (au demeurant partisan de la cyclicité de l'économie) en 2015, "la dette c'est bien". Il explique notamment que "le gouvernement britannique est endetté depuis au moins trois siècles, une ère qui englobe la révolution industrielle, la victoire contre Napoléon et plus encore ». Pourquoi ? Notamment parce qu’« être endetté, c’est une façon de payer pour des choses utiles". Ce point de vue peut cependant être nuancé.
Par la suite il parle notamment de la bulle de crédits étudiants.
En revanche, selon Bruno Colmant une nouvelle crise financière est assez peu probable. En effet selon lui nous sommes aujourd'hui dans une économie administrée par les banques centrales. Au cours des dernières années, celles-ci sont en effet intervenues dans l'économie à un niveau encore impensable il y a seulement 10 ans. Toujours selon ses dires, du fait de cet interventionnisme les banques centrales ont désormais une influence considérable sur l'ensemble de la courbe des taux d'emprunt d'Etat, tandis qu'il y a encore quelques années cette influence était limitée aux taux courts. Le marché obligataire est donc devenu largement administré et les risques de remontée des taux semblent clairement limités dans ce contexte.

Il affirme en outre que le retour en territoire positif du taux de dépôt pourrait donc attendre 2020, voire 2021 ceci car l'inflation européenne étant modérée, la banque centrale n'aurait aucune raison de remonter ses taux.
Il affirme également que le vieillissement de la population (qui ont une proportion à consommer plus faible) explique que les pressions inflationnistes sont limitées.

Enfin, sur le sujet de la dette, il explique que l'endettement mondial n'est pas en soi un grand danger. Selon lui le bilan des banques est considérablement plus solide qu'il ne l'était avant la crise de 2008 et leurs ratios de fonds propres nettement plus élevés qu'à cette époque.

Quand bien même, il convient de préciser que crise n'est pas synonyme d'effondrement, et que la possible cyclicité de ces phénomènes nous indique que le système financier tendrait à être globalement stable. Si le FMI prend le parti d'une crise à venir, selon Janet Yellen, présidente de la FED de 2014 à 2018 il n'y aurait pas de crise à envisager de notre vivant. Le futur nous montrera qui avait raison…

En outre une crise financière dispose également d'aspects positifs. Par exemple la création d'entreprise facilitée (Apple, Microsoft ont été créées dans des périodes de crise ou encore une hausse des innovations dans certains secteurs (l'innovation devenant alors indispensable aux entreprises pour rester sur pied). Ainsi même pendant et après la crise de 2008 une hausse du nombre de dépôt de brevets a été constatée. De plus les différents plans de relance et "stimulus package" en 2008/2009 comprenaient très souvent de nombreuses mesures pour favoriser l'innovation. Le but à l'époque était de relancer la croissance par la dépense publique, et quitte à dépenser de l'argent, autant soutenir l'innovation. Mais pourquoi l'innovation est-elle si importante? Car la croissance future d'un pays dépend de sa capacité à innover, pour remplacer ses industries vieillissantes par des industries innovantes ayant un avantage comparatif. C'est la fameuse "destruction-créatrice" ou "création Schumpetérienne", qui désigne le processus de disparition de certains secteurs d'activité de l'économie en déclin conjointement à la création de nouvelles activités économiques. Et le moteur de ce processus est l'innovation. A cela s'ajoute par exemple une baisse du prix des denrées alimentaires (40% pour le riz en 2008).
Ces points positifs sont d'ailleurs écologiques : les crises précédents ont prouvé que le trafic aérien, les ventes d'automobiles ralentissent, comme la construction immobilière (induisant une utilisation grandement diminuée d'acier et de ciment). Tous ces phénomènes entraînant une baisse importante de CO2.

Enfin une crise a pour effet de modifier certains comportements. Par exemple, c'est après la crise de 2008 que le fait de boire l'eau du robinet et non seulement de l'eau en bouteille s'est développé. Une crise a également pour effet de mettre en lumière les possibles limites d'un système et d'ainsi les combler et contribuer à une prise de conscience de la population (si François Hollande a été élu en 2012 c'est en partie grâce à la crise et à son slogan "Mon ennemi c'est la finance").

Aussi, Absol se base beaucoup sur le FMI qui affirmait qu'une crise financière prochaine pourrait être possible. Sa présidente, Christine Lagarde (ex-présidente, d'ailleurs) est aujourd'hui présidente de la Banque Centrale Européenne (dont on sait qu'elle a gagné une marge de manœuvre colossale depuis 2008, comme expliqué plus haut) et est engagée dans le fait d'améliorer la situation (si la crise a pu arriver en 2008 c'est surtout en partie du fait que la FED ait dissimulé certaines informations. Voici ce que déclare Christine Lagarde à ce sujet :

'Pendant des semaines et des mois, les Européens, inquiets face aux données disponibles, s’interrogent sur ce qu’il se passe réellement aux Etats-Unis. Jean-Claude Trichet, à la tête de la Banque centrale européenne, ou Mario Draghi, le gouverneur de la Banque d’Italie, parmi d’autres, demandent à maintes reprises des explications à Ben Bernanke, le patron de la Fed, sans vraiment en obtenir ; La banque Bear Stearns est rachetée 1 dollar par JPMorgan en mars 2008, pour éviter la faillite pure et simple : c’est un avertissement de plus, perçu comme tel «Hank» Paulson, le secrétaire du Trésor de George Bush, que je connais depuis plusieurs années, dispose d’éléments que nous ignorons –nous ne le saurons que beaucoup plus tard."

Elle indique tout de même par la suite que le système bancaire serait plus stable aujourd'hui qu'en 2008 :

"Le système bancaire et financier a été «réparé» depuis 2008. Les réglementations sont plus strictes en matière de liquidités, de ratios de capitaux, d’effets de levier. La capacité d’absorption des chocs a donc augmenté. Les autorités de supervision sont également plus solides, mieux équipées. Les «stress tests», conçus pour tester la solidité des banques, se sont multipliés. Les créances douteuses sont moins nombreuses."
Elle indique que les risques aujourd'hui se situent majoritairement non pas au centre du système mais en périphérie ("shadow banking", crypto-monnaies, fintech, prêts communautaires…).

L'avenir affirmera si une crise aura lieu ou non. Nous n'affirmons aucunement qu'une crise est impensable à court ou moyen terme. Quoi qu'il en soit, l'apparition d'une crise ne serait pas nécessairement une mauvaise chose du point de vue écologique notamment et des innovations (en particulier en France) et ne signifierait en rien une rupture irréversible.

Concentration de richesses

Selon Absol la multiplication du nombre de milliardaires serait un problème pour l'économie mondiale. En quoi ? Parallèlement à cela le taux de pauvreté diminue. Les personnes vivant dans la pauvreté ne représentent plus que 9 % de la population mondiale aujourd’hui contre 99 % au milieu du 18e siècle tandis que dans le même temps cette population passait de moins de 1 milliard d’individus à plus de 7 milliards et que, sur ces 7 milliards, 5 milliards de personnes ne vivent ni dans des pays à bas revenus ni dans des pays à hauts revenus, mais dans des pays à revenus intermédiaires.

Cela peut paraître absurde mais comme l'indique Erwan Le Noan, les inégalités ne creusent pas la pauvreté. Ce n'est pas parce qu'il y a des riches qu'il y a des pauvres, et si les riches sont six fois plus riches du moment que les pauvres sont deux fois moins pauvres si les inégalités se creusent la pauvreté diminue bel et bien.

Absol se base sur le rapport d'Oxfam, qui est largement critiquable. Les chiffres nous indiquent tous que depuis que la mondialisation s'est développée, les plus pauvres connaissent un sort considérablement meilleur. Erwan le Noan nous rappelle que dans un rapport de 2016 la Banque Mondiale indique que entre 1990 et 2013, le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté (c’est-à-dire avec moins de 1,9 dollar par jour) a baissé de 1,1 milliard, alors même que la population mondiale progressait dans le même temps de 1,9 milliard. Pour la seule année 2013 (en pleine crise, donc), ce sont 114 millions de personnes qui sont sorties de la pauvreté.

En bref nous le rappellerons jamais assez, inégalité n'est pas pauvreté.

Par la suite Absol évoque l'apparition de possibles régimes autoritaires. Il est bon de rappeler que l'apparition de gouvernements, aussi autoritaires soient-ils, ne constituent pas un effondrement. Ceci dit la tendance en Occident semble assez éloignée d'une dictature réellement dictatoriale et se rapprocher d'une forme de demande de démocratie (mouvement des gilets jaunes).

Situation climatique

Lorsqu'Absol parle de la montée des eaux, il explique que des villes comme New York, Londres ou Syndney seraient menacées. Nous avions déjà évoqué ce sujet ici, où nous avions expliqué que les digues sont une solution très efficace mise en place contre la montée des eaux et que des villes s'y préparent déjà, nous pouvons citer le projet Grand U à New York, le projet MOSE à Venis, ou la barrière de la Tamise à Londres. En outre le Pays-Bas est déjà protégé par des digues, sans ces dernières Amsterdam serait dors et déjà sous les eaux. l'ïle de Malé aux Maldives est également déjà protégée intégralement par des digues. Mesures d'adaptation qui selon le GIEC, comme nous l'avions rélevé, ne coûteraient qu'environ 111 milliards de dollars par an au niveau mondial (coût qui ne comprend pas que les mesures destinées à protéger les sociétés de la montée des eaux), un coût inférieur aux pertes économiques engendrées par un immobilisme.

Lorsqu'Absol dit qu'un emballement climatique pourrait conduire la planète à un réchauffement +5 degrés avant la fin du siècle sans que l'on ne puisse rien y faire, il faut nuancer ce propos. En effet, dans les pires des cas des techniques sont à notre disposition pour refroidir artificiellement la Terre (quand bien même aujourd'hui il n'est pas encore sain de les envisager).

En ce qui concerne la fonte du Permafrost (qui se dit pergélisol en français, même si tous les collapsologues semblent préférer le terme anglais), il convient de rappeler que même en prenant le scénario le plus pessimiste de tous, le pergélisol ne contribuera pas à plus de 12% de l'élévation de la température en 2100 comme l'explique un document de la Royal Society ici. Il convient en outre d'expliquer que des mesures peuvent être prises pour capturer le méthane relâché ou consolider les glaces du pergélisol.

Par la suite Absol indique que cela rendrait la terre inhabitable (ne citant aucune étude sur ce sujet). Selon lui une Terre à plus de 5 degrés mènerait à l'extinction de l'humanité et à celle d'une grande partie des êtres vivants. Problème ? Aucune donné ne semble appuyer cette information. Cela néglige plusieurs éléments : tout d'abord la civilisation humaine a une capacité d'adaptation élevée. Secondement des périodes terrestres ont vu des températures similaires à celles-ci comme le crétacé avec des températures en moyenne de 4 degrés supérieures à celles d'aujourd'hui avec un taux de dioxyde de carbone 4.25 fois plus important qu'actuellement (environ 1 700 ppm), des taux d'O2 atmosphériques (gaz à effet de serre peu évoqué) à hauteur de 150% à la présence actuelle. Malgré tous ces éléments, la période était propice à la vie, ayant abrité les dinosaures auxquels on pense aujourd'hui tels que les Iguanodons. En outre il convient de préciser que si des animaux disparaissent ce n'est que marginalement en raison de la hausse des températures mais surtout en raison de la perte d'habitat et de l'introduction d'espèces prédatrices dans leur milieu.

En outre, les espèces animales évoluent en fonction des conditions climatiques. Oiseaux, renards et petits mammifères adaptent leur régime alimentaire au changement climatique. En conséquence, des chercheurs israéliens ont montré que la taille des animaux varie là où les changements sont les plus extrêmes. La couleur des plumes de la chouette chevêche est également en train de changer pour s'adapter au réchauffement climatique. Quant aux espèces végétales, elles ne sont que dans une faible mesure impactée par le réchauffement climatique. Le changement climatique rend notamment les végétaux moins sensibles à la sécheresse. Comme cela a toujours été le cas et est déjà le cas, les espèces évoluent en fonction du réchauffement climatique, s'adaptent, et migrent.

Par la suite Absol parle du fait que la température serait bien plus conséquente sur les continents. Une augmentation de 3 degrés en moyenne sur Terre conduirait à une augmentation de 6 degrés sur Terre. Si cela est vrai en partie il ne faut pas trop monter en besogne : la température sur les continents n'est pas nécessairement le double de la moyenne terrestre (la moyenne terrestre étant de 15 degrés actuellement et la température moyenne étant de 15.8°C en France par exemple).

En outre certaines études tendant à nous prouver que l'Europe serait devant un possible refroidissement climatique, qui verrait son climat refroidir de 2 ou 3 degrés en raison du dérèglement des courants du Gulf Stream (dérèglement lui-même occasionné par le réchauffement des océans).

Par la suite il est posé la question de l'adaptabilité des agricultures dans ce contexte. Encore une fois, c'est oublier que notre agriculture a dès aujourd'hui la capacité d'être totalement indépendante de notre environnement par l'utilisation de serres, voire d'OGM (quand bien même ils sont critiquées) ou de fermes urbaines contrôlées ainsi que de la généralisation des techniques d'irrigation (par dessalement de l'eau de mer par exemple via l'osmose inverse, économique). On arrive à cultiver et à avoir de bons rendements dans des champs placés dans le désert allant jusqu'à 55 degrés si tant est que l'irrigation soit maîtrisée.

En outre Frédéric Levrault, expert climat pour les chambres d'agriculture estime qu'il faudra très certainement s'adapter, "mais que nous pourrons toujours faire vivre les agriculteurs et nourrir les français" (s'adapter notamment en cultivant des variétés de blé dont le cycle est plus court afin de récolter plus tôt et d'éviter les fortes chaleurs). Selon lui, la France agricole de 2050 ne devrait pas être très différente de 2019.

Sols

En ce qui concerne la pérennité des sols, nous avions évoqué ce sujet ici.

Pollution

En ce qui concerne la pollution, les mesures pour lutter contre sont simples à prendre si des décisions ambitieuses sont prises. Et quand bien même ce fait est dramatique, il n'est pas une vraie cause d'effondrement.

Biodiversité

En ce qui concerne la perte de biodiversité cette dernière n'est réellement grave (grave pour l'humanité j'entends, la perte d'espèces est de fait grave et ce n'est pas parce qu'elle ne menacerait pas la pérennité de la civilisation qu'il faudrait traiter cette question avec indifférence) que si l'on considère que l'homme n'est pas indépendant de son environnement. Or c'est un point de vue largement critiqué. En effet d'aucuns estiment que l'humanité est déjà arrivée à un stade où elle est quasi-indépendante de son environnement, dans le sens où nous savons maîtriser la météo (faire pleuvoir, la Chine le fait pour prévenir des sécheresses, ou encore contrôler des ouragans même si ce point est purement théorique pour le moment), où l'on peut cultiver la Terre en faisant fi des aléas climatiques (serres réchauffées/climatisées, fermes urbaines, OGM même si ce point est critiqué). De par les processus d'industrialisation de la terre, on peut penser que l'homme n'est déjà plus dans la chaîne alimentaire. Il peut modifier les génomes d'espèces (par OGM certes mais aussi par reproduction), les préserver en captivité/culture etc. Ce faisant une extinction même majeure d'espèces sauvages ne l'affecterait pas outre mesure (ce constat n'est pas vrai pour les populations tribales notamment mais cela ne rentre pas dans le domaine de l'effondrement thermo-industriel). Ensuite concernant les intrants les effets négatifs ne sont présents que dans le cas d'une agriculture intensive déraisonnée. Dans le cas d'une agriculture raisonnée les intrants permettent d'augmenter les rendements sans nuire aux sols ou aux cours d'eau.

La question des abeilles est également évoqué. Nous l'avions expliqué ici.

Tout d'abord il convient de préciser que nous connaissons en réalité très mal la situation des abeilles en général. Nous avons du mal à différencier les abeilles domestiques élevées par des apiculteurs pour faire du miel qui pollinisent une partie seulement des fleurs et les autres pollinisateurs dont les abeilles sauvages, comme expliqué par une étude récente publiée dans Science et Nature.

Pour donner un ordre d'idée, en France sur 1 000 espèces une seule est élevée par des apiculteurs. Or c'est en grande majorité en se basant sur ces espèces utilisées que nous émettons des hypothèses sur la situation des abeilles en général (étudier des espèces sauvages est bien plus dur). Ainsi, lorsque l'on parle du "syndrome d'effondrement des colonies d'abeilles", il s'agit bien des abeilles des apiculteurs.

Pour ce qui est des études sur les abeilles sauvages, en Europe celles en voie d'extinction ne représenteraient que 9.2% des espèces, dont seulement 5.2% dans un avenir proche (préoccupant mais pas un signe d'apocalypse), selon les chiffres de l'Union internationale pour la conservation de la nature (organisme sur lequel s'appuiera Absol plus tard dans on propos).

Au total il y aurait 150 espèces en déclin (attention, en déclin ne signifie pas en voie d'extinction), 244 stables et 13 en augmentation. Bref, loin de l'apocalypse annoncée.

Pour ce qui est de la mortalité en ruche, elle est entre 15 et 30% et reste stable d'une année à l'autre.

Qui plus est, il ne faut pas surestimer le rôle des abeilles (quand bien même celui-ci est relativement important). Déjà il existe une multitude de pollinisateurs, les abeilles ne sont pas les seules ! De plus peu de plantes dépendent totalement des pollinisateurs. Ces plantes seraient affectées, bien sûr, mais nous aurions quand même de la nourriture.

Ainsi, selon Marcelo Aizen, professeur titulaire à l'École d'écologie de l'Université nationale de Comahue, en Argentine dans une étude publiée dans le journal scientifique Annals of Botany, en l'absence de pollinisateurs, les rendements agricoles mondiaux diminueraient d'entre 3 % à 8 %.
Encore une fois, loin de l'apocalypse annoncé, étant donné que cette étude se base sur un absence totale de pollinisateurs, ce qui, comme expliqué au-dessus, n'aura pas lieu.

D'autant plus que nous pouvons artificiellement polliniser les plantes. Des nano-robots pollinisateurs sont déjà en fonctionnement. Une étude de Dronecopter nous informe que ce type de procédé augmenterait la pollinisation de 25 à 60% pour ce qui est des cerises et des amandes, et que les fleurs sont d'emblée de tailles plus conséquentes qu'avec les abeilles. Les drones peuvent en effet vaporiser une quantité importante de pollen dès que la fleur s'ouvre pour favoriser leur croissance. Le rendement serait donc excellent.

Deforestation

La déforestation est également un argument régulièrement rétorqué. Or, comme expliqué ici, le système forestier est en réalité, non content d'être en équilibre, excédentaire. La biocapacité naturelle de la terre en termes d’espaces forestiers est de 0.73 hectares par personne et par an et nous n’en consommons en moyenne que 0.27 hectares par personne chaque année.
Au total, la surface des forêts a ainsi augmenté de 7% depuis 1982. Seules les forêts tropicales sont touchées. En France par exemple les forêts ne ne cessent de grandir.

Démographie

Absol diffuse une interview de Thinkerview dans lequel l'intervenant déclare (sans preuve et sans aucune source) qu'il n'est pas possible de nourrir 14 milliards d'êtres humains. Problème ? Ceci est factuellement faux.

Nous pouvons déjà aujourd'hui nourrir deux fois la population mondiale (15 milliards de personnes environ). En effet les principales limites du système sont autour du gaspillage. Selon la FAO, 40% de la production agricole est jetée à cause du gaspillage alimentaire.

En outre, des centaines d’expériences démontrent que les plantes poussent plus et plus rapidement si elles sont exposées à un taux plus élevé de CO2. Sur les dernières décennies, 17% de l’augmentation des rendements de blé seraient dus au seul effet de l’augmentation du taux de CO2. Un doublement de son taux permettrait un accroissement du rendement en blé de 44%. Cela est possible si les techniques d'irrigation sont utilisées et que les cultures se font de manière à éviter les sécheresses.

Nous pourrions préciser que beaucoup de régions agricoles, surtout en Afrique, en Amérique de l'Est et en Europe de l'Est n'atteignent pas le maximum de leur potentiel de matière de récolte. En choisissant mieux les variétés de cultures, résistantes et adaptées à l’écosystème local, en formant les paysans, en adoptant une meilleure gestion et en investissant dans des équipements plus performants, la production alimentaire actuelle pourrait être augmentée de 60 %.
D'autant plus que que le réchauffement climatique permet la culture de nouvelles terres jusqu'alors incultivables, notamment dans le Nord.

Le jour du dépassement

Absol reprend ici une théorie largement critiquée par la communauté scientifique : le jour du dépassement. Selon ses dires il faudrait 5 Terres pour que la population mondiale puisse vivre comme les Etats-Unis. Problème ? Cette information est trompeuse. Nous avions expliqué ici pourquoi cette information était hautement biaisée. Voici ce que nous disions :

Michael Schellenberg, fondateur de l'association "Environmental Progress" et du think thank "Breakthrough modernisme" est l'une des voix à s'être élevé contre l'utilisation mensongère faite du principe d'"empreinte carbone" sur lequel est fondé le jour du dépassement. Celui qui a reçu en 2008 le prix de "Héros de la planète" pour son engagement environnemental par le New York Times déclare que "le jour du dépassement n'a aucune valeur scientifique."

Pour ce faire, il se base sur un certain nombre de données dont un article scientifique paru dans la revue PLOS Biology intitulé "Does the Shoe Fit? Real versus Imagined Ecological Footprints".

Ainsi, il y est révélé que cinq des six mesures qui composent l'empreinte écologique sont en réalité en équilibre ou excédentaire et que seules les émissions de carbone de l'humanité étaient déséquilibrées.

Ces six indicateurs sont les émissions de carbone, les terres cultivées, les terres bâties par l'homme, les pâturages, la pêche et les zones forestières.
En se basant sur les résultats de l'étude, il apparaît ceci (les barres rouges indiquent un déficit, les barres bleues sont en surplus) :

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C'est en additionnant toutes ces données que l'on trouve l'affirmation qui a fait les gros titres des journaux ces dernières semaines comme quoi il faudrait 1.7 planètes pour garder le niveau de vie de la population mondiale et 2.9 planètes si toute l'humanité vivait comme les français.

Aucune des cinq catégories d'utilisation des terres non carbonées ne présente de déficit écologique substantiel, ce qui suggère qu'il n'y a pas d'épuisement des terres cultivées, des pâturages, des forêts, des zones de pêche et des terrains bâtis à un niveau global. Ce résultat provient du fait que les comptes des terres cultivées, des pâturages et des terrains construits sont construits de manière à ce qu'ils soient toujours proches de l'équilibre, l'empreinte de la consommation étant par définition presque égale à la biocapacité.

On se rend tout de suite compte de la tromperie occasionnée par ces données : on ne parle pas ici d'utilisation de ressources naturelles mais d'émissions de carbone non compensées par la nature (non ingurgitées par les forêts notamment).
Donc ce n'est pas du tout une question de ressources qui viendraient à manquer, c'est faux. Il s'agit d'une question d'émission de carbone et de captation de carbone.
Cela signifie concrètement que nous ne consommons pas plus de ressources que nous n’en disposons. Au contraire, nous n'en consommons parfois "pas assez" ! Par exemple, la biocapacité naturelle de la terre en termes d’espaces forestiers est de 0.73 hectares par personne et par an et nous n’en consommons en moyenne que 0.27 hectares par personne chaque année. De la même façon, nous avons beaucoup plus d’espaces de pâturages disponibles que nous n’en consommons : 0.21 hectares par personne disponibles contre 0.16 utilisés.

Et il ne s'agit pas de théories climato-sceptiques, le GFN prouve-lui même dans un document destiné à expliquer sa méthode ce qu'affirment les sources citées ci-dessus. Voici ce qu'on trouve dans ce document :

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Puis par la suite, dans un tableau explicatif il est clairement énoncé que seuls ces sols énergétiques fictifs sont en déficit (les chiffres diffèrent légèrement de ceux cités ci-dessus car datent de 2005 tandis que ceux cités précédemment étaient plus récents) :

gfn2.png

Par conséquent, presque tout le dépassement écologique provient de la mesure de la vitesse à laquelle le dioxyde de carbone s'accumule dans l'atmosphère. En effet, si l'on exclut le carbone, la biocapacité mondiale dépasse l'empreinte de la consommation d'environ 45% en 2008. Autrement dit, on consomme bien moins que ce que la terre produit.

Comment arrive-t-on à ces chiffres affirmant qu'il faudrait 2.9 terres pour vivre comme un français ? Tout simplement en convertissant les émissions de carbone de l'humanité en la surface de forêts qui serait nécessaire pour toutes les capturer. Un procédé tout à fait malhonnête ignorant ainsi tous les autres moyens d’absorber ou de ne pas émettre de CO2.

Autrement dit le premier argument est faux, il n'y a pas de dépassement de la biocapacité, et les défenseurs du jour du dépassement mettent ensemble des données qui n'ont rien à voir.

Ressources

Phosphore

Nous avons expliqué ici que nous savons récolter du phosphore de manière durable, notamment via des gestion de l'urine humaine, des déjections animales ou encore des squelettes d'animaux. Voici ce que nous disions :

Il conviendrait cependant de préciser que ce chiffre a depuis été grandement réévalué. D’après l’agence fédérale allemande pour les matières premières, les réserves mondiales en phosphore atteignent 71 milliards de tonnes, dont 77 % se trouvent au Maroc. Cela tranche avec les estimations des réserves mondiales d'il y a 10 ans qui tablaient sur 17 milliards de tonne (depuis ces chiffres de nombreuses nouvelles sources ont été découvertes au Maroc).

Le site "engrais-agriculture" nous informe ainsi qu'au niveau actuel de consommation – la majeure partie est absorbée par les engrais en agriculture-, nous pouvons tabler sur 385 années de stocks de phosphore.

Quand bien même, il convient de dédramatiser la situation. De la même manière qu'une pénurie de pétrole, une pénurie de phosphore ne se produit pas du jour au lendemain, et les acteurs du milieux ont largement le temps de s'adapter. Comment ? Nous savons utiliser du phosphore recyclé, promenant de Mafor (matières fertilisantes d'origine résiduelles) - typiquement des excréments humains, de l'urine humaine (boues d'épuration - Deux laboratoires expérimentaux se trouvent à Offenbourg et à Berlin), des effluents d'élevage, des composts, des digestats de méthanisation, de cendres ou encore de biochars. La recherche en biologie végétale devrait également favoriser les économies de matière.

Si on s'intéresse au biochar notamment, on se rend compte que cet amendement agricole issu de la biomasse possède de très nombreux avantages : réhumification des sols, amélioration de la rétention d'eau, stimulation du système immunitaire des plantes. Il peut également contribuer à la séquestration du carbone dans les sols végétalisés durant des centaines de milliers d'années.

En ce qui concerne l'urine humaine, elle est un excellent réservoir de phosphore, d'azote, et de potassium. Elle pourrait donc être réutilisée à grande échelle dans l'agriculture dans le cas d'un plan de recyclage mondial.

Enfin, la transgénèse apparaît comme une approche encourageante également. Certains scientifiques ont mis au point des plantes capables de développer davantage leur système racinaire et ainsi, récupérer plus de phosphate provenant du sol.

Métaux

Lithium

Le premier évoqué ici est le lithium. Nous avions évoqué ce fait sur cette page.

Les réserves mondiales de lithium étaient estimées par l'USGS à 13 millions de tonnes à la fin de 2010, dont 58 % en Bolivie et 27 % en Chine. En janvier 2018, cette estimation de l'USGS était passée à 16 millions de tonnes, et l'ensemble des ressources identifiées à 62 millions de tonnes. La production mondiale, quant à elle, s'est élevée à 43 000 tonnes en 2017, hors États-Unis (dont les données ne sont pas rendues publiques par l'USGS), assurée essentiellement par l'Australie (43 %), le Chili (33 %), l'Argentine (13 %) et la Chine (7 %). Alors si on rajoute les Etats-Unis et qu'on prend des prédictions pessimistes, disons 200 000 tonnes par an, de lithium consommés. (La demande en Lithium a été de 43 000 tonnes en 2017 comme expliqué plus haut : 62 000 000/200 000 = 310
Nous disposons encore en réserve de quoi assurer 310 fois une consommation presque 5 fois supérieure à celle actuelle. Cela est une réserve conséquente (nous prenons en compte une consommation totale des gisements identifiés sans tenir compte des critères économiques ou du recyclage qui est possible).

Le lithium est le 33ème élément le plus abondant sur Terre. Les analystes de la banque Morgan Stanley prévoient d'ailleurs, en avril 2018 une chute de 45 % du prix du lithium d'ici à 2021 grâce aux nombreux projets en développement au Chili, qui pourraient augmenter l'offre mondiale de 500 000 tonnes/an. Les experts de Wood Mackenzie prévoient également que dès 2019, la hausse de l'offre commencera à dépasser celle de la demande et que le niveau des prix déclinera en conséquence. BP donne des estimations nettement inférieures : 61 800 tonnes de production en 2018, l'écart portant pour l'essentiel sur l'Australie dont la production est de 27 200 tonnes selon BP. Pour les réserves, BP reprend les estimations de l'USGS.

De toute manière, on sait aujourd'hui utiliser des accumulateurs lithium fer phosphate, moins demandeurs en lithium, ou des accumulateurs sodium-ion. Il existe également d'autres substituts comme le Cobalt, ou le Nickel.
Nous pouvons également utiliser des pile à combustible (où la génération d'une tension électrique se fait grâce à l'oxydation sur une électrode d'un combustible réducteur (par exemple l'hydrogène) couplée à la réduction sur l'autre électrode d'un oxydant, tel que l'oxygène de l'air.). Qui est une technique qui existe déjà.
En outre, nous savons également développer des batteries à base d'eau salée : ça existe déjà, et ça se miniaturise de plus en plus tout en étant peu coûteux, sûr et efficace. Elles sont notamment commercialisées par l'entreprise Aquion. Chaque batterie peut résister environ 10 ans, et tous les éléments sont entièrement recyclables.
Le magazine Eco-habitation dans un article de Mike Reynolds et Lydia Paradis Bolduc nous résume les avantages de cette technologie :

  • Ne possède aucun produit chimique toxique ou de métaux lourds : n'est donc pas explosive, inflammable ou corrosive, ce qui en fait la batterie la plus sûre sur le marché
  • durée de vie oscille entre 2 000 et 3 000 cycles (soit environ 10 ans)
  • lorsque plusieurs batteries sont connectées en série ou en parallèle, elles se nivellent pour une charge uniforme
  • Possibilité d’ajouter des batteries au système si la demande en stockage augmente.
  • Peuvent être déchargées jusqu’à 90 % de leur capacité - alors que les piles au plomb et celles au lithium ne doivent pas être déchargée sous 50 % de leur capacité (si on ne veut pas raccourcir leur durée de vie).

En ce qui concerne la recyclabilité des batteries, il convient de rappeler que l'on sait recycler à 100% des batteries automobiles au lithium. La difficulté liée au recyclage n'est pas un problème pratique mais économique. En effet le coût est élevé est les bénéfices faibles. Pour ce qui est du lithium dans les voitures le taux de recyclage est faible car il existe peu de batteries à recycler pour le moment en raison de la jeunesse de ce marché. Plus la capacité mondiale augmentera, plus les coûts baisseront (certains économistes prévoient que le gisement deviendra assez important vers 2025 pour que les coûts soient assez faibles pour un recyclage complet).

Recyclage et substituts

Le recyclage, parlons-en. Il est faux de voir la Terre comme au bord de la pénurie pour tout : l'aluminium est un des métaux les plus abondants sur la planète Terre (il peut d'ailleurs remplacer le cuivre). Cuivre qui est recyclable à 100%. Le silicium on en a encore pour deux siècles et on sait encore le remplacer sans compter le fait que plus le minerai devient rare plus on peut investir dans les gisements et plus les réserves disponibles augmentent. En fait il existe des substituts pour à peu près tout, donc on est pas prêt de voir tout disparaître. Et ce qui est en pénurie est souvent recyclable à près de 100% ou 100% totalement comme le cuivre.

Minage spatial

Et même en faisant abstraction de tout cela, les effondristes ne voient les matériaux seulement par le prisme de la Terre. Or, nous avons un système solaire abondant plus que nous pourrions l'imaginer ! Rien que sur la Lune : cérium, terbium, samarium, scandium, gadolinium et autres "terres rares " ! Sans oublier évidemment que la Lune est riche en aluminium, en silicium, en magnésium, en fer etc. Le minage spatial ? Projet fantaisiste ? Pas du tout ! Des gouvernements et états comme le Luxembourg investissent déjà dans ce domaine. De plus, c’est un projet très sérieux de la Nasa qui compte faire appel au secteur privé pour financer ces coûteuses lunaires d’ici à 2030 : «Des atterrisseurs lunaires développés par des sociétés privées peuvent contribuer à prospecter et à exploiter ces ressources». Et ça ce n'est que sur la Lune ! Le potentiel sur Mars est énorme, la planète à un sol très minéral ! Et il y a plein d'autres planètes, et de lunes (Titan, Phoebé, Atlas, Téthys, plusieurs centaines !) Et le minage spatial pourrait voir son coût considérablement diminué avec l'apparition de techniques comme celles mises au point par SpaceX, ou celles du Launch Loop qui pourraient faire baisser le coût de la mise en orbite du kilogramme de matériaux en le faisant passer à 300 voire à 10 euros ! Bref, rien de fantaisiste, et cela se met déjà en place.
Encore une fois, cela n'est qu'une solution à très long terme, elle n'est pas envisageable actuellement et n'est pas nécessaire.

Gaz

Selon Absol les ressources de gaz seraient au bord de la pénurie. Ce point de vue n'est pas partagé par tous.

Samuele Furfari, docteur en sciences appliquées, ingénieur et auteur explique qu'avec l’arrivée du gaz de roche-mère, les réserves de gaz natu­rel ont quadruplé. Avant cette éruption, on estimait que le monde disposait d’environ 70 ans de réserves. Aujourd’hui, l’Agence internationale de l’énergie (AIE, qu'Absol cite plus tard dans sa vidéo) proclame que ces réserves sont de 250 années à l’échelle de la consommation actuelle.

Forêts

Comme expliqué plus haut, les forêts progressent et sont de plus en plus nombreuses.

En outre, des projets ambitieux de reforestation comme nous avions évoqué ici existent, et l'Australie a ainsi planté plus d'un milliard d'arbres quand l'Ethiopie prévoit d'en planter 6. A titre de comparaison l'an dernier 451 millions d'arbres ont été abattus dans la forêt amazonienne.
Quand bien même la perte de forêt tropicale menace des espèces, nous avons vu que cette disparition ne menace pas outre-mesure l'humanité (ce qui ne veut pas dire encore une fois qu'il faut continuer la déforestation, loin de là !). De plus il n'est pas lieu de parler d'une destruction totale de la forêt amazonienne. Cette dernière comprend 390 milliards d'arbres. Au rythme actuel, il faudrait 865 ans pour en venir à bout.

Absol montre à l'écran un débat avec Alexandre Bihouix qui affirme que les forêts qui poussent aujourd'hui sont des forêts faibles. Pourtant on parle bien ici d'arbres, et non de surfaces de feuilles. En effet cette étude parue dans "nature menée par des chercheurs de l’université du Maryland, n’observe pas la surface des feuilles, mais celle occupée par les arbres de plus de 5 mètres de haut. Cette couverture arborée (tree cover) a augmenté de 2,24 millions de kilomètres carrés, c’est-à-dire de plus de 7%, entre 1982 et 2016, d’après les images satellites que compilent depuis des années ces universitaires (elles sont réutilisées et mises en forme par la Fondation Global Forest Watch).

Ressources halieutiques

Comme expliqué plus haut, la pêche est en réalité un domaine en équilibre. De plus la fin de la pêche ne représente pas un effondrement civilisationnel.

Pétrole

Absol commence par affirmer que les découvertes de nouveaux gisements de pétrole sont en baisse depuis 1954. Ceci est vrai mais il serait erroné de conclure au début d'une pénurie physique. Avec les prix bas, la prospection a ralenti car les compagnies pétrolières ne s'y retrouvaient pas financièrement. Avec des prix plus élevé elle reprendra. C'est un fait : les réserves augmentent avec le prix et la notion du peak oil recule au fur et à mesure que l'on avance.

Ensuite, même en l'absence de découverte, les réserves continuent de grossir. Il faut savoir que seule une petite partie du pétrole (environ 20%) contenue dans les puits en sort naturellement : dès que la pression n’est plus suffisante, le robinet se tarit. Les ingénieurs sont alors obligés d’injecter de l’eau ou du gaz pour pousser le brut vers la sortie. Or ces techniques ont tellement progressé que, en une vingtaine d’années, elles ont fait passer le taux de récupération moyen de 20 à 35%, et ce dernier continue d’augmenter. Cela accroît d’autant les réserves exploitables.

En outre, il convient de préciser que le pétrole est important actuellement, mais que nous savons très bien nous en passer. Nous avions déjà expliqué cela. Voici ce que nous disions :

L'argument suivant énoncé dans cette vidéo est celui des énergies fossiles. Selon l'auteur, 80% de l'énergie mondiale provient de sources fossiles.

Cependant, il ne faut pas aller si vite en besogne.Nous savons en effet déjà nous passer de cette énergie fossile. Et non content d'être possible cela est de plus en plus rentable.

Nous avions déjà évoqué que nous pourrions assez efficacement alimenter le monde entier en énergies renouvelables, par des sources locales dans chaque pays ou alors par la construction de centrales énergétiques dans les déserts.

En outre nous pourrions largement alimenter toute la France en énergie renouvelable (de manière efficiente, non de manière lacunaire et carbonnée comme l'Allemagne). Si cela est possible pour la France, cela est possible pour les autres pays.

La France, d'ailleurs, parlons-en. La part d'énergies fossiles dans la production nationale est de 7.2% seulement. Encore une fois, si la France l'a fait les autres pays peuvent le faire.

La France se repose notamment à 71.7% sur l'énergie nucléaire.

Mais le nucléaire n'est pas une énergie infinie, me diriez-vous. L'uranium est limité.

Certes, vous auriez raison. En revanche il faudra attendre un bon bout de temps avant d'être en pénurie. En effet, selon l'inventaire de l'ANDRA (agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) estime les stocks d'uranium appauvris stockés sur le territoire national à environ 300000 tonnes.

Sachant qu'un arc de réacteurs à neutrons rapides (il existe des réacteurs à neutrons rapides en Russie et près de Pékin déjà et la France investit dedans) en consommerait une cinquantaine de tonnes par an à production électrique constante (~400 TWh), on a 6000 ans de réserves sur le territoire. Cela seulement pour la France.

Ceci sans parler des réacteurs au thorium qui ont existé ou des réacteurs à fusion nucléaire qui pourraient exister (sans oublier que, comme dit plus haut, même sans nucléaire on sait s'alimenter totalement en énergies renouvelables, c'est juste plus cher).

Et encore une fois, il n'arrivera pas d'un seul coup un jour où nous manquerons totalement de pétrole, cela se fera progressivement, plus on s'approchera de la faim plus le prix du pétrole augmentera donc des gisements jusqu'alors considérés comme non-exploitables le deviendront ce qui fera encore plus reculer la fin du pétrole et durant ce temps (qui peut s'étendre sur 50 ans) les acteurs auront largement le temps de s'adapter (le pétrole deviendra plus cher donc moins compétitif et les industries alternatives seront grandement favorisées, et ce de manière exponentielle). (De plus la France dispose de 10 ans de pétrole dans son sol à consommation actuelle qu'elle a cessé de récolter, ce qui pourrait être utilisé dans le cas ou de manière magique le pétrole viendrait à totalement disparaître dans le monde du jour au lendemain - ce qui est impossible pour des raisons évidentes - pendant une période de transition accélérée - 10 ans est largement suffisant).

En outre précisons aussi que nous savons faire de la métallurgie et de la sidérurgie sans pétrole. La Suède notamment le fait déjà.

Pour le transport nous avions déjà en partie évoqué ce phénomène ici. Nous savons tout à fait (et c'est déjà fait) créer des bateaux à l'hydrogène, créer des avions à hydrogène, créer des véhicules à hydrogène ou électrique. Précisons ici que nous parlons d'hydrogène généré à partir d'électrolyse de l'eau alimentée par des sources électriques renouvelables (c'est fait au Japon, par exemple).

La Norvège est par exemple en train de construire un cargo 100% hydrogène.

En outre, des barges porte-conteneurs 100% électriques sont en construction au Pays-Bas, notamment par la société Port-Liner.

Eau potable

Ici Absol distingue l'eau des nappes phréatiques par exemple, l'eau potable, de l'eau de mer. Evidemment, cette dernière n'est pas potable. Sauf que… on peut la rendre potable. Et ce de manière très économe à la fois énergétiquement parlant et pécuniairement parlant. Comment ? Il s'agit du principe d'osmose inverse. Basiquement un système de filtrage très fin qui ne laisse passer que les molécules d'eau. Dans ces conditions, on image mal une pénurie mondiale d'eau.. Ce genre d'usine sont déjà utilisées à grande échelle en Australie par exemple. Voici une image de l'usine de dessalement de l'eau de mer par Osmose Inverse de Perth (cette seule usine est capable d'abreuver 1,021 millions de personnes (avec une production par jour de 143 000).

usine-de-dessalement-d-eau-de-mer-par-Osmose-Inverse-de-Perth-Australie.jpg

Critique de la croissance

Après cet inventaire (un tantinet biaisé) du monde, Absol s'étend dans une longue logorrhée contre la croissance. Problème ? La décroissance ne résout rien. Pire, elle aggrave ! Ce sujet avait notamment bien traité par Germain Belzile, professeur d'économie à HEC-Montréal ou encore Philippe Mösching, ingénieur :

Il faut bien reconnaître qu’une diminution de la production de biens matériels aura comme effet mécanique une diminution de la consommation de ressources matérielles et de l’énergie nécessaire à leur production et leur transport. Un argument simple et imparable. Sauf qu’il ne résiste pas longtemps à l’analyse : trier les déchets, construire et installer des éoliennes, développer et produire des matériaux recyclables, isoler sa maison, éviter l’huile de palme (et donc acheter des huiles plus chères), produire et acheter bio (plus cher), acheter local (dont la production est comptabilisé dans le PIB au contraire des importations), investir à optimiser les modes de transports, etc. sont des actions favorables à l’environnement qui pourtant participent à l’augmentation du PIB, et donc à la croissance. À l’opposé, une réduction des services d’entretien, des infrastructures modernes, un frein à l’investissement peuvent se révéler un bien mauvais calcul, conduisant à des effets néfastes.

Autrement dit, pire qu'être inefficace, la décroissance empêche d'adopter de meilleurs comportements environnementaux et de prendre des politiques ambitieuses de transition énergétique.

Par la suite Absol continue sur la biocapacité, principe dont nous avions expliqué plus haut qu'il était très mal utilisé dans ce cadre. En outre Absol parle de monde "fini". Simplement à long-terme on peut douter de cette "finitude" du monde avec un argument très simple : l'exploration spatiale.

Migrations climatiques

Vers la fin de la vidéo, Absol livre un constat sur les migrations climatiques, en déclarant que nous ne les accueillerons sûrement pas en Europe lorsqu'ils seront des centaines de millions à arriver. Sauf que ce résonnement est assez fallacieux, car les migrations dans le cas climatique ne s'effectuent pas vers l'Europe mais sur de très courtes distances. Nous avions traité de ce sujet ici.

Conclusion

En conclusion Absol a su dans sa vidéo garder un ton assez neutre et factuel, rappelant à plusieurs reprises que ce qui est affirmé ne doit pas être pris pour argent comptant. En revanche en creusant le discours développé, on se rend compte de certaines failles que j'ai pu évoquer plus haut. Comme il est impossible d'affirmer avec une certitude à 100% qu'un effondrement va se produire il est impossible d'affirmer à 100% qu'un effondrement ne va pas se produire. Les prévisions sur le futur sont ce qu'elles sont : des prévisions hypothétiques.

En revanche, ce que nous pouvons affirmer à 100% c'est que l'effondrement est factuellement endiguable si des mesures politiques ambitieuses et courageuses sont mises en place, et que nombre d'arguments sensés nous démontrer de l'imminence d'un effondrement sont en vérité biaisés. Nous pouvons éviter un effondrement en mettant en place les mesures qu'il faut, développées sur ce billet et sur ce site. Rien n'est perdu, d'autant plus qu'elles se mettent déjà en place et qu'en toute logique économique de base, elles vont se démultiplier à l'avenir poussées par un sérieux avantage comparatif.

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